vendredi 13 février 2009

Fortis un modèle de fonctionnement?

Sur le site economiques.eu

Fortis un modèle de fonctionnement?

Fortis, un modèle de fonctionnement d'une société anonyme?

Sans prendre position ici sur les différentes thèses qui s'affrontent que ce soit dans la presse, dans les prétoires ou encore aux différentes AG ou AGE, il est évident que Fortis sera un exemple cité dans l'avenir sur le rôle de l'Etat, sur la «défense des petits actionnaires», sur la négociation.

Fortis, «capitalisme de masse»

Mais Fortis est exemplaire (aussi!) pour la manière dont son actionnariat est constitué. Même si ce modèle est relativement fréquent dans le monde anglo-saxon, le plus «gros» actionnaire de Fortis n'a «que moins de 5% des actions».

Il est réaliste de considérer que les «gros actionnaires» représentent ensemble 15% des actions. Ce qui signifie que «les petits actionnaires» ont un pouvoir important. Si un cinquième des petits actionnaires participent à l'assemblée ou s'y font représenter, ces petits actionnaires ont la majorité des voix!

Bel exemple du «capitalisme de masse»: pour quelques euros il est possible de devenir actionnaire de sa banque, que l'on soit client ou travailleur de l'entreprise! Seule différence avec la société coopérative, le système de vote dans les SA est plural. Dans la société coopérative, une personne a une voix, dans la société anonyme, le nombre de voix est proportionnel au nombre d'actions.

Ce «capitalisme de masse» peut donc être l'occasion de gérer la stratégie de la société en prenant en compte les objectifs des différents groupes: actionnaires «purs» (qui recherchent uniquement le rendement), clients, travailleurs, fournisseurs.

Deux conditions manquent, certainement dans le cas de Fortis, pour arriver à une réelle participation de tous aux décisions, pourtant souhaitable à notre avis. Un manque de connaissance de base. L'Echo avait fait ...l'écho d'une étude sur les connaissances des Belges en matière économique.Comme l'on pouvait s'y attendre un nombre important ignoraient jusqu'à la différence entre des dividendes et des intérêts.

Gageons qu'un nombre tout aussi important ignore que les actions qu'ils possèdent leur donnent le droit de voter aux assemblées générales, soit en y étant présents soit en s'y faisant représenter.

Le CEO d'Euronext avait lancé un appel aux pouvoirs publics pour subventionner les achats d'actions. Pour quelle raison? Et en tout état de cause, l'épargnant aujourd'hui quitte la Bourse non pas parce que le rendement est insuffisant, mais bien parce qu'il a perdu confiance et surtout parce qu'il ne comprend pas grand-chose aux mécanismes «normaux», et encore moins aux phénomènes anormaux (en tout cas au sens statistique du terme) actuels. Si Euronext veut augmenter son chiffre d'affaires, il serait certainement plus utile de remplir à nouveau un rôle que la Bourse de Bruxelles remplissait bien il y a quelques années, à savoir l'information, si pas la formation des épargnants en matière de bourse de valeurs mobilières.

C'est d'autant plus facile aujourd'hui avec les moyens technologiques.

Un manque de communication claire.

Traditionnellement les assemblées générales des sociétés anonymes rassemblent quelques dizaines, voire quelques centaines d'actionnaires, dont le rôle se limitait souvent à valider les propositions du CA.

Soit parce que ces gros actionnaires étaient représentés dans ce CA, soit parce que le CA connaissait bien ses actionnaires et leurs objectifs. Les petits actionnaires étaient soit absents, soit votaient comme la majorité.
De toutes façons, s'ils votaient autrement, leurs voix étaient anecdotiques, quelques pourcents seulement du total. Est-ce la raison pour laquelle une société comme Fortis qui investit beaucoup pour communiquer de manière claire pour ses produits, fait si peu d'efforts pour informer tous ses actionnaires, même et surtout ceux dont les connaissances économiques et financières sont les plus faibles?

Un exemple parmi tant d'autres, lorsque dans la circulaire adressée aux actionnaires, Fortis indique les valeurs intrinsèques, combien de lecteurs comprennent que ce ne sera pas, loin s'en faut, le prix auquel ils pourront vendre leurs actions?

Comment améliorer la participation des actionnaires?

Par une modification de la loi des sociétés

Certaines dispositions de la loi des sociétés se comprenaient aisément à une époque où l'information prenait des semaines pour circuler jusqu'aux contrées les plus reculées. Le délai à respecter entre la convocation et l'assemblée se justifiait tout à fait. L'interdiction de modifier l'ordre du jour aussi. Le délai pour déposer ses actions de même. Mais toutes ces dispositions deviennent inadaptées aujourd'hui. Une lettre qui mettait cinq jours pour arriver par la poste est remplacée par un courrier électronique quasi instantané. Le bocage des actions peut se faire en quelques minutes par courrier électronique ou par téléphone.

A une époque où tout va très vite, surtout l'information, il devrait être possible de changer l'ordre du jour quelques jours avant l'assemblée.
Mais surtout un changement de mentalité des sociétés anonymes avec un actionnariat dispersé.

Quand on voit les documents que Fortis envoie à ses actionnaires, on peut se demander s'ils prennent en considération la cible à laquelle ils s'adressent. Quand on voit la qualité de leurs brochures commerciales pour des produits destinés, in fine, à cette même cible, on ne peut que s'étonner de la différence énorme entre les langages utilisés.

Nous avons l'impression que Fortis déploie des efforts importants quand il s'agit de récolter des fonds supplémentaires (chez ses clients ou lors d'augmentations de capital), mais néglige ses actionnaires existants. Un peu comme une entreprise qui investit un budget important pour acquérir de nouveaux clients mais néglige de les fidéliser.
Il n'est pas trop tard Fortis a le temps de préparer une présentation professionnelle des différents choix qu'auront (peut-être...) les actionnaires.

Par rapport au budget d'une AGE, l'investissement dans une information claire ne devrait pas être prohibitif. Fortis peut prendre exemple sur BNP qui présente en ligne sur son site les avantages de l'acquisition de Fortis pour ses actionnaires. Bien sûr dans l'esprit d'une communication transparente, condition indispensable pour tendre vers un «marché parfait», il serait logique de donner la parole à d'autres actionnaires ou groupe d'actionnaires (la barre de 1% pourrait être utilisée).

Comment espérer que les actionnaires puissent «prendre leurs responsabilités» (comme le leur demande notre ministre des Finances) si on ne leur explique par vraiment les enjeux de sa décision? Ou encore si on lui déclare que «voter oui signifie non et que voter non signifie oui»?

Qui se plaindrait si le 11 février l'Assemblée Générale Extraordinaire de Fortis fonctionnait dans le respect de ses actionnaires?

Qui se plaindrait si lors de cette AGE, grand nombre d'actionnaire apprenait la différence entre une valeur intrinsèque et une valeur boursière. Qui se plaindrait si les «actionnaires prenaient leur responsabilité» ?

Repris du site economiques.eu

5 commentaires:

himself a dit…

"pour quelques euros il est possible de devenir actionnaire de sa banque"

Je propose que L'Etat belge vende aux résidents belges une partie de ses actions Banque Fortis, comme pour... Paribas en France il y a de nombreuses années.

Anonyme a dit…

J'ai adoré la question : Est-ce qu'on peut filmer avec son GSM ? Ca montre bien la qualité des actionnaires...

Misala a dit…

Le "capitalisme de masse", ça ferait presque prolo et ça me gène.
Ce que j'ai retenu de l'assemblée générale, c'est une foule qui ressemblerait à Thatcher et son "I want my monney back". Ce qu'ils critiquent dans le rachat de la banque, c'est la perte de leur argent. C'est vrai, c'est dur à vivre. Mais la Bourse n'a jamais été un placement sûr.
Ce qui m'a frappé, c'est que les salariés de Fortis voulaient que le rachat se fasse. Pour eux, ce ne sont pas leurs économies qui sont en jeux, c'est leur emploi.

Xavier a dit…

@ Anonyme.

J'étais aussi présent à cette AG.

Je crois que la demande était sensée. En effet, à l'entrée on avait interdit d'entrer avec un appareil photo ou même un PC si celui-ci avait une webcam.

De plus le président a rappelé que ne seraient retransmises que les images avec le CA et pas avec les différents intervenants.

Donc, il était absurde d'interdire les appareils photos alors que les GSM peuvent remplir le même rôle

Xavier a dit…

@Misala

Le terme a été choisi délibérément. Parce qu'à mon avis, ce modèle d'actionnariat est bien du capitalisme. Avec un grand nombre d'actionnaires. Et les employés peuvent (et sont) devenir actionnaires de leur société.

15 % des actionnaires= plus de 10.000 actionnaires. Un estimation de 100 à 200.000 actionnaires n'est pas absurde.

Je n'ai pas ressenti "I want my money back", mais bien "I want my bank and my insurance company back". ce qui est légitime.

Enfin, "les salariés" veulent que le rachat se fasse? Je ne sais pas. La SETCA n'a pas pris position. Le représentant des employés n'a pas pris position. Un seul syndicat s'est prononcé pour le rachat. Mais en disant bien "faute de mieux"